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CHRONIQUE LITTÉRAIRE : mars 2023

Saviez-vous que le 21 mars est la journée mondiale de la poésie? Dans l’article qui suit, Marie-Noëlle met donc à l’honneur la poésie québécoise en vous partageant trois recueils, disponibles au Saint-Suave, qu’elle a eu le plaisir de lire au cours du dernier mois.


La poésie est un genre littéraire qui peut être intimidant. Longtemps, je n’ai pas compris l’attrait de la poésie. Les seules fois où je m’étais approchée d’elle, je n’avais presque rien saisi. Ça m’avait frustrée et j’en étais venue à la hâtive conclusion que la poésie, ce n’était pas pour moi.


Aujourd’hui, je peux déclarer que les recueils de poésie sont parmi mes lectures préférées. C’est que j’ai eu la chance de croiser les poèmes d’auteur.ices québécois.e.s contemporain.e.s qui étaient juste assez accessibles pour éveiller ma curiosité. Au fil du temps, les recueils de poésie me sont devenus de moins en moins inconfortables et l’envie de deviner la signification exacte de leurs mots s’est dissipée pour laisser place à la joie d’être touchée par eux. J’ai apprivoisé la poésie comme on apprivoise le café, à force d’essais. Et maintenant, les moments passés en compagnie de poèmes et de café figurent parmi mes bonheurs les plus purs.


Que vous soyez déjà conquis.e.s par la poésie ou que vous souhaitiez vous y initier, voici trois suggestions littéraires qui, je l’espère, vous plairont.



 

Déjà le fruit, Anne-Julie Royer (Les Éditions de l'Écume)


J’ai beaucoup aimé ce recueil de poésie qui nous parvient d’une maison d’édition qui trouve ses racines ici-même, dans la ville de Québec.



Ce livre contient une langue d’une grande douceur marquée par l’abondance des références à la nature. Anne-Julie Royer joue sur le bittersweet en écrivant les beautés simples de sa vie tout en évoquant leur inévitable impermanence.


J’ai terminé ce recueil avec une soif de contemplation, de lever les yeux pour regarder tout autour et attraper les moments légers-précieux pendant qu’ils passent.

Ici, un extrait de Déjà le fruit:

« La pluie

comme

les larmes

cet après-midi

dans le vert

tendre

et fugace

des arbres

la pluie

mon amour

dans tes bras

de feuillage

homme nouveau

de terre

meuble

et nue

la pluie

sur notre chair

nos enfants

la pluie

sur la montagne

qui change

trop souvent

de visage

la pluie

sur le temps

qui ne s’arrêtera

pas. »



 

Exercices de joie, Louise Dupré (Noroît)


« Troisième recueil d’un triptyque sur les possibilités du poétique face à l’horreur et à la détresse, Exercices de joie prend le risque de la tendresse en choisissant la douceur comme arme de combat. Dans une écriture fluide qui alterne entre prose et vers, les poèmes explorent la notion de joie, non seulement comme quête d’apaisement, mais comme responsabilité à l’égard des autres : le souci de leur apporter espérance. Or, cette joie impose une gymnastique mentale, elle repose sur des exercices qui témoignent du désir de s’élever au-delà de la douleur sans pourtant la nier, afin de demeurer à

l’écoute du monde. »



J’ai peu à ajouter à ce texte qui décrit si bien Exercices de joie, recueil qui a été publié en 2022. Je dirais seulement ceci: quel privilège de pouvoir accéder à cette part d’intimité que Louise Dupré dévoile d’une si belle plume. La poète de 73 ans fait le pari de la joie comme tentative de survie à ce monde, d’ancrage dans le présent malgré la conscience du temps qui s’écoule, de responsabilité par rapport aux enfants devenus grands. C’est rempli de lucidité, de sensibilité, de courage, mais aussi d’humilité. Ce livre m’a grandement émue, je le recommande autant aux féru.e.s de poésie qu’à celleux qui en sont à leurs premiers pas avec elle.


Extrait d’Exercices de joie:



« malgré l’usure

de tes genoux

tu sais marcher


et tu resteras jusqu’au bout

une femme de désir


soulevant à chaque pas

la beauté

endormie sous la poussière


le désir est un horizon

debout »



 

La vie virée vraie, Laurance Ouellet Tremblay (Le Quartanier)


« La vie virée vraie est un livre de poèmes minimaux, réduits à l’os. C’est un petit livre très rapide qui cherche à dire l’expérience entière et vertigineuse d’une vie de trente-six ans. Un livre ou se rejouent l’enfance, la relation au père, au genre et au sexe, et que parcourt une animalité furtive, insistante - antilope, hirondelle, serpent, crabe, poney. La vie virée vraie embrasse le mouvement de la conscience qui se découvre consciente d’elle-même, pesante, angoissée, désirante, nostalgique d’une certaine sauvagerie - la bête, toujours la bête. »



Je dirais que ce recueil de poésie est légèrement moins accessible que les deux précédents. La vie virée vraie est l’un de ces livres dont on ne comprend pas tout et dont il ne faut pas chercher à tout décoder. Des poèmes au sens plus évident en côtoient d’autres plus opaques et cet habile assemblage crée une œuvre que j’ai trouvé surprenante et captivante. Avec La vie virée vraie, Laurance Ouellet Tremblay livre une poésie de l’intime. C’est un livre à lire et à relire!



Extrait #1 de La vie virée vraie :






« ma bête bleue ma mauvaise amie mon impôt sur la dette


ma fille tordue ma tête d’argile ma belle mon immense douleur : j’avoue je ne sais plus d'où tu viens «


Extrait #2 de La vie virée vraie :


« je suis dehors et je fume je dis : il faut perdre la langue pour gagner la vie ouïr le mot poire pour le fruit oui, mais aussi pour l’élan la cueillette et la chair


je pense linguistique, je pense structure

je dis : chaque conversation nous éteint »



 

Sur ce, bon mois de mars! Que la poésie soit avec vous ! ;)

Au plaisir de poursuivre la discussion lors de votre prochaine visite au Saint-Suave!


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